• Cécile Guéret

Déconfinement : Comment apaiser nos peurs ?

Mis à jour : juin 20


Je vous retransmets ici une interview que j'ai donnée à Patrice Naour pour Tribune Hebdo, parue ce matin. Bonne lecture à vous et bon déconfinement.

Cécile

Peurs, angoisses et anxiété liées au déconfinement

« L’idéal serait que chacun puisse vivre le déconfinement à son rythme »

Cécile Guéret, psychopraticienne à Tours, et auteur du livre « Aimer, c’est prendre le risque de la surprise » (éditions Albin Michel.), nous livre quelques conseils essentiels pour affronter cette période de crise sanitaire marquée par de nombreuses angoisses et incertitudes.

A quelles peurs ou angoisses pouvons-nous être confrontés en cette période de déconfinement ?

La peur est due à une menace réelle, immédiate, bien identifiée, comme la peur d’attraper le virus en ressortant par exemple. Le port du masque, de visière, le fait de rester à distance, de se laver souvent les mains, etc, peut être un facteur concret de réassurance. L’anxiété, elle, naît plus de l’anticipation événements imprévisibles ou incontrôlables, plus hypothétiques mais d’autant plus envahissants qu’ils ne sont pas identifiés ou que nous avons le sentiment que nous pourrons pas y faire face, que nous serons impuissants. C’est l’anxiété face à l’organisation très floue de ces prochains mois, à une potentielle récession économique, au risque d’une société qui devient plus sécuritaire, etc. Cela peut provoquer un malaise réel chez toute personne et se transformer en profonde angoisse si l’on ne trouve pas en soi, dans son entourage ou dans la société les ressources nécessaires pour y faire face, si l’on a l’impression d’être coincés dans une situation insoluble.

La peur de la maladie est-elle très présente ?

Oui, la crainte d’être contaminé est tout à fait légitime. Le confinement était, à ce titre, rassurant pour beaucoup d’entre nous. Là, il va falloir affronter à nouveau le dehors, de manière contrainte pour certains qui, par exemple, doivent reprendre le travail en présentiel alors qu’ils auraient préféré rester dans leur bulle. D’autres, au contraire, ont hâte de mettre un terme à ce confinement dont ils ont pu souffrir. L’isolement, le manque de sollicitations, d’interactions, de sorties, a pu peser sur le moral. Nous sommes des êtres de mouvement, nous avons besoin de bouger, de faire des projets, d’avancer dans la vie, au sens propre comme au figuré. Etre ainsi « à l’arrêt » peut vraiment nous faire déprimer. Retrouver une vie normale peut ainsi être un soulagement, même si cela peut cohabiter avec la peur du virus.

"Nous sommes des êtres de mouvement, nous avons besoin de bouger, de faire des projets, d’avancer dans la vie, au sens propre comme au figuré. Etre ainsi « à l’arrêt » peut nous faire déprimer."

En ce qui concerne les angoisses, elles sont de quelle nature ?

D’après ce que j’ai pu constater chez mes patients, elles ont plusieurs sources. Il y a l’angoisse liée à la perte éventuelle de son emploi dans un contexte économique très anxiogène. Il y a aussi la crainte de retourner au travail si les mesures d’hygiène ne sont pas suffisantes par exemple ou celle l’employeur mette la pression pour « rattraper le temps perdu » et que cela dégrade l’ambiance au travail. Il y a aussi une forte angoisse écologique, déjà présente avant, mais qui s’impose de manière très concrète : nous prenons tout à coup conscience que la dégradation écologique nous impacte directement.

Comment affronter ces angoisses ?

La première chose, c’est d’identifier ce qui est anxiogène. Par exemple, si les réseaux sociaux ou les infos télé en continu nous stressent, arrêtons-les, tout simplement. Si c’est la peur de la foule ou de prendre les transports en commun, identifions ce qui pourrait nous rassurer pour y faire face. Par exemple, en décalant nos horaires, en faisant le chemin avec quelqu’un, en écoutant de la musique qui nous apaise, en étant bien scrupuleux sur mesures sanitaires, etc. Tout ce qui nous aide est bon à prendre. La deuxième chose, c’est en effet de nous appuyer sur ce qui nous fait du bien : marcher, jardiner, cuisiner, faire du yoga, de la méditation, aller courir... Faire ce qu’on aime est une ressource, un point d’appui pour ne pas se laisser submerger par l’anxiété. Cela nous permet aussi, et c’est la troisième chose importante, de mettre en place, au quotidien, une hygiène de vie émotionnelle. A ce titre, la cohérence cardiaque est une excellente pratique: pendant 5 minutes, matin midi et soir, confortablement assis, inspirez par le nez pendant cinq secondes avec une respiration abdominale (ventre gonflé) et expirez par la bouche sans forcer. C’est tout simple et très efficace pour faire baisser le stress. Globalement, veiller à son sommeil, faire du sport, s'alimenter correctement est aussi protecteur pour le moral.

Peut-on contrôler aussi la peur de la maladie ?

Une bonne façon d’aborder ce confinement est de trouver ce qui peut être la bonne progressivité pour nous, le bon intermédiaire entre « je reste cloîtré chez moi » et « je ressors comme si de rien n’était ». Par exemple, pour certains, ce qui est anxiogène c’est d’être à nouveau en groupe, au contact de plusieurs personnes. Pour d’autres c’est sera de recevoir du monde chez soi, car ils peuvent le vivre comme une intrusion. Ou l’inverse ! Dans tous les cas, dans la mesure du possible, l’idéal serait que chacun puisse vivre le déconfinement à son rythme. Ce qui est très important, c’est de ne pas rester seul avec ses angoisses, de pouvoir dire à notre entourage ce qui est difficile à vivre. Par exemple, en expliquant aux copains que, pour le moment un dîner à plusieurs n’est pas possible pour nous. Cela reviendra, mais là ça nous stresse trop... Le fait de partager nos difficultés nous aide à sortir de l’anxiété, justement parce que nous ne sommes plus seul à la subir, nous pouvons nous appuyer sur nos proches, il y a du lien, du soutien, c’est sécurisant. Cela permet aussi de voir que d’autres ressentent probablement la même chose et cela pourrait même les aider à dire leur malaise. Nous sortons de l’isolement, voire de la culpabilisation de mal vivre cette situation, de nous sentir pas à la hauteur, trop fragiles, trop stressés… Et bien sûr, si l’angoisse est trop forte, n’hésitons pas à consulter un professionnel de la psychothérapie.

"Ce n’est pas l’autre la menace, c’est le virus."

Cela peut se doubler d’une peur de l’autre ?

Tout l’enjeu est là : ce n’est pas l’autre qui est la menace, c’est le virus. Essayons de dissocier la personne et le fait qu’elle puisse être porteuse du virus. L’autre est, au contraire, un facteur de résilience, un allié qui peut nous aider à mieux traverser ce moment difficile. On l’a vu pendant la crise, l’altruisme est très positif. Nous avons besoin les uns des autres. L’entraide nous apporte à tous du réconfort et c’est un vrai facteur de résilience, protecteur pour la santé psychique.

D’autant que cette crise est collective, elle touche tout le monde...

C’est une donnée essentielle, on peut lui donner un sens collectif. Vivre un traumatisme collectivement permet de mieux le surmonter. C’est ce qui se passe avec cette crise sanitaire : on sait que nous ne sommes pas seuls, chacun dans notre coin, à vivre ces angoisses, que beaucoup les partagent, on peut donc en parler aux autres. On s’en remet mieux si on les partage ! La relation à l’autre apaise l’angoisse, au contraire de la solitude qui l’amplifie. Ce qui est très protecteur aussi, c’est d’être dans l’action collective, de nous investir dans des initiatives porteuses d’espoir. C’est bon pour la société, mais aussi pour l’individu qui y participe car c’est une manière de sortir de l’impuissance, de passer à l’action, de retrouver du lien social… Participer activement à construire un avenir meilleur nous aide à mieux vivre le quotidien et à tourner la page sur cette période difficile.

Le confinement a aussi montré que nous savions nous adapter et que nous avions des ressources...

Oui, nous pouvons aussi nous féliciter d’avoir traversé cette situation si compliquée. Avec plus ou moins d’angoisse, de difficultés, bien sûr, mais nous y sommes parvenus. Nous avons souvent fait preuve d’une créativité inouïe, de ressources insoupçonnées. Nous pouvons nous faire confiance pour la suite.


Comment accompagner les enfants pendant cette période ?

Les enfants ne disent souvent pas leurs angoisses directement. Ils ont mal au ventre, ils font des cauchemars, pipi au lit, sont à fleur de peau, etc. Il est important que les parents voient ces manifestations comme des signaux, qu’ils écoutent les enfants sans dramatiser ces symptômes. Passer du temps avec eux, dans des moments de jeux, de lecture, leur donne l’occasion de dire leur malaise, leurs angoisses, plus naturellement qu’en répondant directement à la question « comment te sens-tu ? » Les parents peuvent aussi leur dire leurs sentiments, craintes ou émotions, sans les alarmer outre mesure, mais simplement pour leur montrer que, comme eux, nous avons aussi des inquiétudes, des interrogations... C’est une façon de dialoguer avec l’enfant de façon, de l’aider à s’exprimer, de chercher ensemble des solutions ou des pistes pour se rassurer. Bien sûr, si on sent que l’enfant ne va pas bien, n’hésitons pas à faire appel à un psy. Soit pour être soutenu en tant que parent, soit pour aider l’enfant à traverser ces difficultés.



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