• Cécile Guéret

La rencontre amoureuse online... au temps du confinement.

Mis à jour : mai 31


Comment les célibataires continuent-ils à "dater" sur les applis pendant le confinement ? J'ajoute, à cette interview que j'ai donnée pour le site AuFeminin.com, quelques considérations éthiques et existentielles. Avec, comme deux faces d'une même médaille, un risque qui pèse sur la relation à l'autre... et une ouverture possible pour une rencontre authentique. Le risque, c’est de passer beaucoup de temps sur les applis et sites de rencontre, sans entamer de conversation, sans chercher à créer un lien à l’autre, avec l’idée que « ça ne sert à rien puisqu’on ne peut pas se rencontrer IRL ». D’être dans une relation à l'autre où on le chosifie sans aller vers lui, même virtuellement. Nous swipons d’un profil à un autre comme si nous feuilletions un catalogue de meubles. Nous considérons l’autre comme un objet, nous lui dénions son humanité. C’est une problématique qui est déjà présente d'habitude, quand, face à la profusion imaginaire des rencontres sur le net et la supposée interchangeabilité des individus, nous n’arrivons pas à arrêter notre choix, à nous décider pour quelqu’un de « suffisamment bien ». Nous comparons les potentiels partenaires, évaluons leurs qualités, leurs défauts, et nous avons le plus grand mal à nous engager, c’est-à-dire à renoncer aux meilleures perspectives éventuelles. Nous sommes pris dans une compulsion de "matchs", incapables de décrocher. Une tendance qui peut se renforcer avec le confinement puisque nous ne pouvons pas nous rencontrer "en vrai".

En plus du problème éthique de déconsidération de l’autre, le risque est aussi pour nous-même, que cela nous appauvrisse intérieurement, nous déprime, nous plonge dans une grande solitude. Car, lorsque nous regardons l'autre comme un "Cela" (pour reprendre le concept du philosophe Martin Buber), nous restons seuls face au monde, sans l’atteindre ni être atteints. Nous restons à distance, nous ne nous engageons pas dans la relation à l’autre. Ce qui, en cette période de distanciation sociale, peut être particulièrement difficile à vivre pour les célibataires. A contrario, l'ouverture possible venue de l'impossibilité à se voir IRL pourrait être de nous rendre disponible à ce qui est à l’œuvre dans la rencontre et qui nous échappe, au moins provisoirement. Nous laisser le temps du tâtonnement, de l’observation, de la découverte de l’autre, de la connaissance progressive. De la possibilité d’un amour qui ne soit pas une révélation mais une expérience cumulative, inscrite dans la longue durée. De l'intimité qui se révèle, s'éprouve et se construit peu à peu. Alors pourrions nous peut-être nous engager dans la relation, nous dévoiler, dire ce qui compte pour nous, ce qui a du sens, ce qui est essentiel. Être, justement, dans la seconde attitude qui est, selon Martin Buber, celle du « Je » qui rencontre autrui comme une personne à part entière, un « Tu ». Une rencontre "online" certes, mais pas moins "véritable" pour autant. Et c'est bon. Car en accueillant pleinement l'autre dans sa singularité, son altérité, nous nous sentons nous aussi enfin reconnu, accueilli. Nous nous sentons exister. Courage à tous. Prenez soin de vous, prenons soin les uns des autres. Et vivement le "monde d'après" ;)

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