• Cécile Guéret

Amour : Soyons curieux de l'autre pour mieux le rencontrer

Mis à jour : il y a un jour


Pour France Bleu Touraine, Isabelle Dorso m'a proposé de présenter quelques exercices dans "le conseil bien-être". Voici le quatrième de la série de 6 épisodes, à retrouver bientôt en podcast sur le site de France Bleu Touraine.


Balayons nos préjugés, pour mieux rencontrer l'autre dans sa singularité

Je travaille depuis plusieurs années sur la question de la rencontre amoureuse et la difficulté à rencontrer quelqu'un. Or, ce que j'ai pu constater lors de l'enquête que j'ai menée pour écrire mon livre "Aimer, c'est prendre le risque de la surprise", c'est que l'histoire d'amour si attendue, espérée, est parfois empêchée par notre impossibilité à voir l’autre tel qu’il est.

C'est en effet difficile de ne pas enfermer l'autre dans des préjugés, dans ce que nous croyons savoir de lui, dans des stéréotypes culturels, de genre, etc. Balayer nos a priori sur l'autre, découvrir sa manière bien à lui d'être au monde, ne pas clore sa liberté d’être avec nos certitudes nous offrirait pourtant la possibilité d'apprendre à le connaître, de reconnaître sa singularité et l'opportunité de vraiment le rencontrer.


Nous ne pouvons pas nous empêcher de mettre l'autre dans une case

C’est un exercice difficile. Inhabituel, voire incongru, tant nous sommes habitués à nous faire rapidement une opinion sur l’autre, quitte à le mettre dans une case bien trop étroite. Nous avons en effet appris, au cours de notre développement, à classer le monde en catégories pour lui donner une cohérence, un sens, un ordre, de la prévisibilité. Nous ne pouvons pas nous en empêcher.

Cependant, l’autre (que c’est agaçant!) est rarement là où nous le pensons. Pour peu que nous allions véritablement à sa rencontre, il est toujours inattendu. Parce que nous sommes tous radicalement différents les uns des autres, "dans chaque personne que vous rencontrez, vous pouvez découvrir quelque chose que vous n’avez jamais rencontré auparavant" écrit joliment Frank M. Staemmler dans son livre "Cultiver l’incertitude" (1). Non seulement cela nous invite à nous méfier de nos jugements intempestifs, mais aussi à entretenir notre capacité d’étonnement.

Ouvrons notre curiosité

Cela n’est possible que si nous pouvons nous décentrer de nous-même et percevoir autrui tel qu’il est. Avec un intérêt authentique, une curiosité ouverte. Cela demande, il est vrai, une certaine disponibilité, la création d’un espace interne suffisant pour accueillir le monde de l’autre.

C'est une décision, une volonté, un effort peut-être. Mais, très vite, cela rend heureux. Car nous avons la possibilité d'être témoin de la richesse de l’autre, de nous émerveiller de sa manière si particulière de percevoir le monde et de son inimitable façon d’être. Comme c’est bon et nourrissant de nous découvrir mutuellement.

Ce regard dépouillé, épuré, candide, offre aussi un potentiel de changement: il permet à l’autre de se raconter autrement, de ne pas être figé dans ce que nous croyons savoir de lui, et donc d’être libre. Et réciproquement, puisque l’autre nous donne, à nous aussi, l’opportunité de ne pas nous cantonner à ce que nous savons de nous-mêmes, et d’avoir accès à la nouveauté, à ce que nous ne savons pas encore et que nous allons pouvoir découvrir de nous à l'occasion de ce moment inédit, jamais vécu auparavant, avec l'autre .


Photo : Deepak H Nath


> L’exercice que je vous propose avec France Bleu Touraine, c'est d'exercer votre regard à la nouveauté en redécouvrant une personne que vous connaissez si bien :

Profitez d’un moment passé avec quelqu’un que vous fréquentez depuis longtemps. Avec cet oncle, cette sœur, cet ami de vingt ans que vous pensez connaître sur le bout des doigts par exemple, essayez de le regarder aujourd’hui comme si c’était la première fois. Non pas en jouant la comédie, en faisant semblant de le rencontrer, mais en ouvrant en vous un espace de curiosité, en secret, sans le lui dire.

Aviez-vous remarqué qu’il avait cette mimique lorsqu’il soupire ? Qu’il parle avec ce rythme-là, assez lent ou au contraire fort rapide ? Qu’il triture sa fourchette alors qu’il raconte quelque chose d’intime ? Émerveillez-vous de sa façon d’être, de voir le monde, des anecdotes qu’il/elle raconte. Ce peut être en vous disant intérieurement : « Ah, il vit les choses comme ça, lui ! », comme une manière de soutenir pour vous-même votre élan de curiosité.

Prêtez attention à ce qui apparaît de nouveau, d’inattendu entre vous et en vous. Est-ce que vous sentez que quelque chose de votre relation s’en trouve modifié ? Avez-vous l’impression d’être différent en sa présence (plus libre, plus gai, plus empathique, par exemple) ?



1) L’Exprimerie, 2003


> Retrouvez les autres épisodes de cette mini-série sur ce blog "La psy Buissonnière, par Cécile Guéret"


> N'hésitez pas à aller écouter l'émission "Grand bien vous fasse" d'Ali Rebeihi, sur France Inter : "En amour, faut-il laisser faire la surprise ?"


> "Aller à la découverte de soi et de l'autre", c'est le nom du groupe continu de psychothérapie que j'ai le plaisir de coanimer avec Laurent Martinet, art-thérapeute et gestalt-thérapeute. En partenariat avec l'Institut Limousin de Formation et de Gestalt-thérapie (ILFG).

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